L'Heptaméron

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L’Heptaméron est un recueil inachevé de 72 nouvelles écrites par Marguerite de Navarre. L'ouvrage tire son titre du fait que le récit se déroule sur sept journées, (la huitième étant restée incomplète).
Marguerite de Navarre (1492-1549)
Marguerite d'Angoulême était la soeur aînée de François 1er (Roi de France de 1515 à 1547).
Elle devint Reine de Navarre par son second mariage en 1526 ou 1527 (à l’âge de 35 ans) avec Henri II d’Albret, Roi de Navarre de 1517 jusqu’en 1555.
Elle est la mère de Jeanne d’Albret qui devint Reine de Navarre à la mort de son père (Jeanne III) qui épousa Antoine de Bourbon, premier prince du sang. Elle est une des figures les plus marquantes du Protestantisme.
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Portrait au crayon, Paris, BnF, département des estampes, XVIe siècle.
Elle est ainsi la grand-mère de Henri de Bourbon qui devint Roi de Navarre en 1572 (Henri III) à la mort de sa mère et Roi de France (Henri IV) en 1589.
Mais son importance « généalogique » n’éclipse en rien son prestige personnel, tant elle a joué un rôle essentiel dans la vie culturelle de la Renaissance française.
Marguerite (prénom qui signifie à l’origine « perle ») sera appelée « la Perle des Valois » par les poètes du Royaume de France qui la considèrent comme leur protectrice ; en Béarn, on préfère l’appeler « la Marguerite des Marguerites ».
Elle aimait s’entourer d’un « Parnasse » dont la contemporaine Académie de Béarn entend bien perpétuer la flamme et dont le symbole est d’ailleurs… la marguerite, bien entendu.
Celle que le poète Clément Marot a décrite comme "Corps féminin, cœur d'homme et tête d'ange" est bien sûr ainsi un personnage majeur de l’histoire du Béarn mais aussi incontestablement une des grandes dames de l'Histoire de France, une femme de pouvoir politique et de grande culture et qui joua un rôle précurseur dans la littérature française.
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« Comptes de la royne de Navarre », Première page du Manuscrit Français 1511 (BNF) du milieu du XVIe siècle de l'Heptaméron de Marguerite de Navarre.
L'œuvre de Marguerite de Navarre fut publiée de manière posthume en 1559 sous le titre « Heptaméron des nouvelles de très illustre et très excellente princesse Marguerite de Valois, reine de Navarre ».
Celle-ci a composé un recueil de nouvelles notamment inspiré du Décaméron de Boccace, mais bien dans l’air du temps tant les nouvelles au sens littéraire du terme étaient alors à la mode. C'est dans les années 1540 que naît à la cour de France le nouveau passe-temps de raconter des histoires, à la suite en effet de la nouvelle publication de l’œuvre de Boccace.
L’essentiel de l’Heptaméron a ainsi probablement été composé ou mis en forme dans ces mêmes années, les dernières de Marguerite, même si elle a certainement débuté ses écrits beaucoup plus jeune.
Si le cadre naturel des Pyrénées était déjà tout trouvé, l’Heptaméron est profondément ancré dans son époque par les thèmes et les événements abordés.
C’est une œuvre profondément sensible et humaine, avec un contenu où se mêlent religion et mondanité, où l’amour sacré côtoie l’amour profane. Il dénonce volontiers les abus cléricaux, aborde - nous dirions aujourd’hui sans tabous – le comportement des hommes et des femmes. La défense de celles-ci et de leurs droits est mainte fois affirmée.
Les narrateurs femmes sont d’ailleurs en nombre égal aux hommes, narrateurs dont on s’accorde à penser qu’elle fait elle-même partie ainsi que sa mère et parmi lesquels les critiques pensent reconnaître tel ou telle de ses proches et contemporains.
Littérairement, il présente l’originalité marquée d’introduire des commentaires et dialogues entre les personnages au-delà des nouvelles elles-mêmes.
« L’Heptaméron » est devenu une pierre miliaire de la littérature française dont la postérité est assurée. Il a connu au fil du temps nombre d’éditions et on ne compte plus les études critiques qui lui ont été consacrées. Il a été au programme de l’Agrégation de Lettres en 2020, une forme de consécration dans la vie culturelle française.
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L’édition du Château de Pau
La page de titre (frontispice commun à d’autres éditions) est ornée d’une gravure sur bois formant un encadrement de style Renaissance. On y voit de part et d’autre deux cariatides de profil (faune à gauche et bacchante à droite) ; des volutes, des motifs végétaux et des masques ainsi que des satyres complètent l’ornementation.
Le « privilège du Roy » a été accordé à l’éditeur.
La couverture de cuir rouge date, elle, du XIXe siècle.
L’Heptaméron est connu par 19 manuscrits (dont 9 complets). Aucun n’est cependant de la main même de Marguerite.
Alors que la première édition publiée date de 1559, le Château de Pau possède une édition de 1560, publiée à Paris par Benoît Prévost.
En 1559, Pierre Boaistuau avait assuré la première édition, anonyme, intitulée « Histoire des amants fortunés », qui ne comportait que le prologue et 67 nouvelles.
Fut publiée la même année une version remaniée et plus complète (les 72 nouvelles) dont le titre était « L’Heptameron des nouvelles de tresillustre et tresexcellente Princesse Marguerite de Valois, Royne de Navarre » avec un commentaire en sous-titre « Remis en son vray ordre, confus au paravant en sa premiere impression : et dedié à tresillustre et tresvertueuse Princesse Jeanne, Royne de Navarre, par Claude Gruget Parisien ».
On peut faire plus concis mais tout est dit et notamment le travail éditorial de remise en forme de l’ouvrage.
Plusieurs libraires s’en partagent l’édition.
La très belle édition présente dans la bibliothèque du Château est donc une réédition, datant de l’année suivante, de cette première édition complète.




